10 leçons non apprises de la catastrophe du Prestige

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10 leçons non apprises de la catastrophe du Prestige

Le Prestige a sombré face à la côte galicienne en novembre 2002. Le naufrage de ce pétrolier, chargé de 77.000 tonnes d’oléocarburants, s’est produit suite à un cumul d’erreurs politiques et de gestion qui ont empêché le navire de se réfugier dans un quelconque abri, ce qui aurait considérablement réduit le déversement qui eut lieu après le naufrage, contaminant les côtes de Galice, des Asturies, de Cantabrie , du Pays basque et de diverses régions de France.

Nous avons toutes et tous vu les images de ce désastre écologique. Mais, une telle catastrophe peut-elle se répéter ? En avons-nous retenu la leçon ?

1. Impunité des responsables politiques.

La décision d’éloigner de la côte le pétrolier accidenté fut prise contre l’avis des professionnels et des scientifiques, qui optaient clairement pour emmener le bateau vers un lieu abrité. Mais aucun responsable politique de la gestion de cette tragédie n’a payé pour ses terribles erreurs. Ils n’ont pas non plus demandé pardon. A la tête du Gouvernement qui a géré de manière tellement néfaste cette affaire figuraient Mariano Rajoy, Arias Cañete, José Mª Aznar, Francisco Álvarez-Cascos ? qui n’ont subi aucun coût politique pour leur incompétence. Et une commission parlementaire ne fut même pas créée pour enquêter sur la gestion de la catastrophe.

2. La justice ne fonctionne pas

En octobre 2012 débute le jugement du Prestige et l’accusation pénale est dirigée contre le capitaine du bateau, le chef des machines, le premier officier et José Luis López Sors, directeur général de la Marine Marchande, bouc émissaire et seul membre du Gouvernement qui sera assis sur le banc des accusés. Ils seront jugés pour délits contre les ressources naturelles et l’environnement parmi d’autres charges. Mais ni les armateurs, ni les responsables de la cargaison, ni les politiciens qui prirent les mauvaises décisions n’ont payé ni ne paieront pour cela, vu qu’ils ne sont pas impliqués.

Contrairement à ce cas, en France, on a condamné la compagnie pétrolière Total au paiement des conséquences du naufrage de l’Erika dans les côtes bretonnes en 1999. Elle devra payer plus de 200 millions d’euros aux communes touchées.

3. Les pavillons de complaisance existent toujours.

Une grande partie des difficultés pour identifier et condamner les vrais responsables de tragédies comme celle du Prestige viennent de la structure administrative qui occulte leur responsabilité. Le Prestige était propriété d’une société ayant son siège au Liberia, avait un pavillon de complaisance des Bahamas ? était enregistré auprès de l’Autorité Maritime de ce pays ? et le pétrole qu’il transportait appartenait à une société commerciale enregistrée à Gibraltar. L’enquête afin de savoir qui se trouve derrière ces entreprises est très compliquée.

4. La circulation des pétroliers continue tout comme celle des monocoques.

Le naufrage du pétrolier Erika en 1999 supposait des changements dans les définitions des mesures de sécurité maritime au sein de l’Union Européenne : restrictions aux navires pétroliers à coque simple, mise en place d’un système communautaire de suivi et d’information sur le trafic maritime, définition de mesures à prendre dans des conditions météorologiques difficiles ou de lieux de refuges, etc

Mais ces mesures sont difficiles à appliquer étant donné qu’il n’y a pas intérêt à les mettre en ?uvre. Nombreuses sont celles qui sont restées sans suite.

5. On ignore les conséquences environnementales du déversement.

Il y a accord au niveau scientifique pour dire que la tragédie du Prestige a été une des pires qu’ait souffert notre littoral et milieu marin. Mais malgré l’amplitude des dégâts, les conséquences pour l’environnement n’ont pas été correctement évaluées, avec un plan de suivi et de correction qui permette de les palier dans la mesure du possible. Il reste beaucoup de pétrole enterré dans les étendues sableuses et les fonds marins.

6.Atteintes à la santé des volontaires.

Des pêcheurs et habitants du littoral ainsi que de nombreuses personnes venues de l’extérieur ? entre 125.000 et 300.000 - , de manière volontaire et souvent sans aucun soutien de l’administration, ont travaillé exténués pendant des jours pour retirer la plus grande quantité possible de pétrole de la côte et de la superficie de la mer. Durant ces tâches, ils ont inhalé un mélange nocif de produits chimiques dérivés d’oléocarburants avec des conséquences négatives pour leur santé, à présent découvertes.

Grâce aux recherches d’organismes scientifiques indépendants, absolument pas promu par le Gouvernement, on sait aujourd’hui que les personnes qui ont travaillé à la récolte du pétrole déversé par le Prestige ont souffert de dommages respiratoires qui ont persisté jusqu’à deux ans, en plus de taux élevés d’altérations chromosomiques et d’un accroissement du risque de cancer.

7. Déchets non traités.

Plus de 90.000 tonnes de déchets ont été retirées des côtes et mers du Nord-Ouest de la Péninsule, mais il n’existe pas d’information claire de ce qui a été fait d’une bonne partie de ces déchets. Par exemple, il reste toujours 10.000 tonnes de ces déchets dans une usine de As Somozas (en Corogne) en attente qu’une administration subventionne leur traitement.

8. Manque de protocoles d’action.

Nos eaux littorales sont soumises à un trafic intense de pétroliers et nombreux autres bateaux aux marchandises dangereuses. Que se passerait-il si se produisait un accident avec l’un de ces navires ? Sommes-nous préparés pour faire front à cette éventualité ?

Actuellement il n’y a absolument aucun plan d’action opérationnel dans l’État espagnol, ce qui montre clairement le désintérêt et le manque de volonté politique pour appliquer la loi et les accords en vigueur pour éviter ce type d’accidents.

9. Coût économique de la catastrophe.

Le coût économique du déversement a été un des plus hauts de l’histoire, se chiffrant selon quelques estimations incluant le ramassage du pétrole et le scellage du bateau, à plus de 10.000 millions d’euros. Le Plan Galicie que mit sur pied le Gouvernement pour réactiver la zone affichait un coût de 12.500 millions d’euros.

10. On dépend du pétrole.

Le pire de tout est que notre modèle de développement continue à avoir besoin de quantités considérables de pétrole pour fonctionner. Tant que nous ne changerons pas radicalement nos besoins énergétiques ? réduisant la consommation et canalisant-la à travers les énergies propres ? il continuera à y avoir un énorme flux de pétroliers et d’autres tragédies comme celle du Prestige se reproduiront.




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